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Un constat accablant

Il est indéniable que le constat fait par les experts est à la fois accablant et, pour le plus grand nombre d’entre nous, surprenant : « l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde et grande consommatrice de matières premières, d’eau et d’énergie. Elle contribue en effet pour une grande part aux émissions de gaz à effet de serre, aussi bien au niveau de la production, du transport, que de l’entretien. » (1)

Des données impressionnantes

Les chiffres annoncés sont marginalement discutés par les experts. Ils débattent sur le fait d’accorder au textile la 2ème ou la 4ème place parmi les industries polluantes. Mais ils sont bien tous d’accord : le bilan écologique de la mode est profondément inquiétant, à de nombreux niveaux :

  • Tout d’abord, l’industrie textile est responsable de l’émission annuelle de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre (2).   « Milliard » : oui, le terme est en lui-même impressionnant, mais presque abstrait. Et, si je vous dis que c’est plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis, vous commencez à visualiser le poids.
  • Les consommations en eau sont considérables. Prenons un jean : sa fabrication, nécessite plus de 7.000 litres d’eau. Celle d’un « simple » t-shirt en coton, 2.700 litres. (Pour rappel, cela correspond à la consommation en eau d’un européen sur 1 mois et notre petite douche de 5 min le matin, c’est 30 à 80 litres) Au total, il s’agit de 79 milliards de mètres cubes d’eau chaque année, presque 1% de la consommation mondiale ! (3)
  • L’utilisation de produits chimiques, dont certains fortement nocifs, est massive, tant pour la culture que pour le traitement des fibres. Tentons une expérience. Je vous dis : « Arsenic ». Que visualisez-vous ? Beaucoup de chance que ce soit, … une petite tête de mort … Et pourtant c’est bien cette substance qui se retrouve dans le traitement du textile que nous portons (4)
  • Le pétrole via son dérivé le polyester est aujourd’hui présent dans 60% des fibres textiles utilisées dans le monde ;
  • Et enfin, à chaque lavage, des milliers de micro-particules sont déversés dans les canalisations et finissent dans … l’océan. 000 tonnes de plastiques chaque année. Oui, 500.000 tonnes ! L’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques.

Des images fortes

Certaines « victimes » ont valeur de symbole. Un exemple bien connu : la mer d’Aral. La consommation d’eau liée aux cultures du coton l’avait réduit au quart de sa surface. L’eau est devenue plus salée et la plupart des formes de vie a disparu. (5)

En Chine, une plaisanterie voulait que la couleur tendance des prochaines « collections » de la mode pouvait être prédite en regardant la teinte des rivières. Mais la montée en gamme de l’industrie chinoise fait que ce constat est en train de changer … de pays !

Un début, seulement, de prise de conscience

Green Peace

En 2011, Greenpeace lançait aux marques du textile le défi Detox.  Et, le 12 juillet 2018 l’organisation environnementale publiait son rapport d’étape :  « Destination zéro : impacts de sept ans de campagne Detox sur l’industrie du vêtement ».

Il est indéniable que les progrès sont là parmi les 80 entreprises ayant relevé le défi. Progrès parfois véritables (Zara, Uniqlo, H&M et Puma par exemple) mais souvent limités à du simple greenwashing, de façade (Adidas, Nike, etc.).

Green Washing

Reconnaissons le, le greenwashing est terriblement dangereux.  Vraiment trop facile au regard des enjeux. En clair, les marques se donnent une apparence de vertu écologique et nous donnent bonne conscience sans nous encourager à changer notre consommation. Chouette, non ?

De surcroît, ainsi que le souligne Kirsten Brodde, en charge de la campagne Detox « 85% de l’industrie textile ne montrent pas d’efforts suffisants pour éliminer les produits chimiques dangereux et améliorer les conditions de travail dans les usines ».

Bref : aller au bureau en vélo ne sert à rien si vous continuez à succomber aux sirènes de la fast fashion, à remplir vos armoires de vêtements que vous n’utilisez jamais et à nettoyer vos t-shirts après les avoir portés 2 heures.

Alors, si nous tentions de remettre les choses à leur place ?

Comment faire de vrais efforts et, peut-être, essayer ?

  1. La toute meilleure façon de moins polluer : moins consommer

Chaque année, l’industrie textile produit 150 milliards de vêtements et cette production a doublé entre 2000 et 2014.

Augmentation de la consommation des pays émergents, baisse relative des prix et élargissement permanent de l’offre (Zara, par exemple, propose aujourd’hui plus de 24 collections par an !) contribuent à ce phénomène.

Dans le même temps, le développement de la recherche sur des modes de production moins polluants est restée en-deçà des efforts de sophistication du design et du marketing, loin s’en faut.

Tout cela pour que 70% de nos « coups de cœur » soient remisés au placard après une utilisation.

Il ne s’agit pas d’enfiler tous les jours le même tee-shirt, mais de privilégier les « basiques », de bonne fabrique et de ne pas (trop) succomber aux sirènes de la mode et de ses soldes.

  1. Moins consommer, mais aussi mieux consommer

 Toutes les fibres textiles ne se valent pas

Principaux accusés : les fibres synthétiques et le coton, soit, malheureusement oui, plus des 2/3 des matières mises en œuvre.

Alors qu’elle ne couvre que 2,5% des terres cultivées, la culture du coton engloutit 25 % de tous les pesticides et 10 % des engrais utilisés dans le monde.

Bien sûr, le coton bio se développe mais le problème de la consommation d’eau de sa culture reste entier.

La culture du cotonnier nécessite en effet beaucoup de soleil et une considérable quantité d’eau. De ce fait, 40 % des surfaces cultivées sont irriguées.  Couvrant 2,5% des surfaces plantées, la culture du coton consomme plus de 4% de l’eau utilisée en agriculture.

Côté synthétique, le bilan écologique n’est pas plus glorieux. 70% des fibres synthétiques produites dans le monde proviennent du pétrole. Leur fabrication nécessite des procédés industriels gourmands en énergie et extrêmement polluants.

Et le bilan des fibres recyclées n’est, pour l’instant, guère convaincant. Leur production exige un processus industriel qui reste très gourmand en CO2.

Mais certaines fibres semblent apporter des espoirs d’amélioration 
  • La cellulose de bois est un bon exemple. Vêtements en fibres de bambou, en Lyocell ou en Tencel ® (pulpe de bois). Mais son traitement fait appel à des procédés chimiques souvent très polluant.
  • Le lin ou le chanvre, cultures historiques, beaucoup moins gourmandes en eau, sont maintenant recommandés par l’Agence française pour l’environnement et la maîtrise de l’énergie. (6))
  1. Consommer local

Mieux consommer, c’est aussi éviter que le vêtement, ne fasse plusieurs fois le tour du monde, de la fibre initiale à notre placard. Acheter une production locale, pour les vêtements comme pour les salades, est à privilégier. Et, pour connaître le pays de fabrication du vêtement … il suffit de lire l’étiquette.

  1. Choisir des marques responsables

Enfin, toutes les marques ne se valent pas. Certaines ont entamé une vraie réflexion sur le sujet et mis en place des actions concrètes (VejaPatagonia, Saint JamesHopaalLes Récupérables1083Atelier Tuffery) d’autres se contentent de greenwashing … la plupart ne fait rien.

  1. Prendre soin de ses vêtements

On estime que la moitié du coût écologique d’un vêtement provient de ses différents lavages au cours de son utilisation. Laver consomme de l’eau et les lessives, qui contiennent des parfums et de substances mal biodégradables, sont souvent polluantes.

Alors, essayons de limiter les dégâts : inutile de laver à haute température, 30 à 40 degrés sont la plus souvent suffisants, évitons également de mettre à la machine des vêtements qui ne sont pas vraiment sales.

De même, évitons de mettre au rebut (ou au fond du placard) les vêtements qui ont un simple accroc. Nos familles, nos quartiers regorgent de couturières talentueuses : une petite réparation coûte rarement plus de 10 euros. Quelqu’un de votre entourage proche en prend soin et vous évite d’acheter un nouveau vêtement.  Pas mal, non ?

  1. « Donner, c’est la seule façon d’aimer »

Prenons le cas du recyclage des vêtements. Il est encore balbutiant. En France, seulement 1/3 la production est recyclé (7). Plus de la moitié finit en décharge ou est incinéré dans l’année suivant son achat.

L’Allemagne montre pourtant un bel exemple : 3/4 des vêtements usagés y sont collectés, 50% sont réutilisés et 25% recyclés (8).

Il faut reconnaître que finalement le choix est assez large. Aussi, c’est peut-être le moment d’essayer de changer quelque chose, non ? 

Enfin, chez Youmiwi, nous aimons surtout vos solutions. Partagez avec nous vos pistes intéressantes.

Sources :